Adaptation et mise en scène : Dominique Lurcel

Musique : Yves Rousseau (contrebasse)

Lumière : Philippe Lacombe 

Décor : Gérald Ascargorta

Régie Générale : Thierry Charlier

Jeu : Amélie Amphoux Céline Bothorel 

Mathieu Desfemmes Tadié Tuéné

Production : Passeurs de Mémoires - Avec le soutien de l’ADAMI et de la Ligue des Droits de l’Homme - Avec l’aide du Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Ile de France), du Conseil général de Seine et Marne, et de la ville de Nangis (77) - Et avec la participation de Pour faire bouillir la pluie.

 

 

Création à nangis le 27 janvier 2006

Confluences ( Paris ) avril 2006 - Avignon 2007

près de 70 représentations

Tract aux spectateurs

On aimerait pouvoir écrire, comme dans un générique de film : "Les paroles que vous allez entendre et les actes qu'elles décrivent ne sont que pure fiction. Toute ressemblance entre les personnages..." Mais il n'y a ici, aucune trace de virtuel. 

Ces hommes qui racontent, sans la moindre contrainte, ce qu'ils ont fait et éprouvé, existent bien. Ils sont rwandais, hutus, cultivateurs - une bande de copains. Au moment où Jean Hatzfeld les rencontre, ils sont en prison, ils ont déjà été jugés pour le meurtre de quelques milliers de leurs voisins tutsis, avec qui, quelques semaines plus tôt, ils jouaient au foot, buvaient une bière, ou chantaient à l'église, le dimanche.

Aujourd'hui, ils ont retrouvé leur liberté, leur village, et les "avoisinants" qu'ils n'ont pas eu le temps de tuer. 

Leurs récits, le regard qu'ils portent sur leurs actes touchent à bien autre chose qu'à une "affaire africaine". 

Dans un mélange sidérant d'inconscience et de profondeur, ces hommes décrivent tous les mécanismes, individuels, collectifs et politiques qui sont au rendez-vous de toute entreprise concertée de massacre de masse. 

Ils renvoient à l'Armènie, à Auschwitz, au Cambodge. Et sans doute au génocide à venir.

"Sans rien penser" - une de leurs formulations familières -, ils interrogent l'universel, au plus profond de chacun de nous.  

Dominique Lurcel

Paroles de rescapés

"Ce qui s'est passé  à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels" 

Innocent

 

" Autrefois je savais que l'homme pouvait tuer un homme puisqu'il en tuait tout le temps. Maintenant, je sais que même la personne avec qui tu as trempé les mains dans le plat du manger, ou avec qui tu as dormi, il peut te tuer sans gêne. Le plus proche avoisinant peut se montrer le plus terrible. Une mauvaise personne peut te tuer de ses dents, voilà ce que j'ai appris depuis le génocide, et mes yeux ne se posent plus pareil sur la physionomie du monde" Berthe.

 

"Un génocide n'est pas une mauvaise broussaille qui s'élève sur deux ou trois racines : mais sur un noeud de racines qui ont moisi sous terre sans personne pour le remarquer"

Innocent

 

" Quand il y a un génocide, il peut y en avoir un autre, n'importe quand dans l'avenir, n'importe où ; si la cause est toujours là et qu'on ne la connaît pas"

Jeanette

 

NOTE D'ATTENTION

Ils sont dix.

Dix copains rwandais, hutus, copains de classe, de matchs de foot, de travaux des champs.

 

En trois mois, d’Avril à Juin 1994, ils ont massacré à la machette, « sans rien penser », tout ce que leur bourgade et les collines voisines comptaient de tutsis, près de cinquante mille, hommes, femmes, enfants, leurs « avoisinants », avec qui ils avaient aussi partagé bancs de classe, bancs d’église, soirées arrosées et matchs de foot.

 

Jean Hatzfeld les a rencontrés dans la prison où ils purgeaient leurs peines ( A ce jour, tous, sauf un, ont retrouvé la liberté, leur village, et ceux qu’ils n’avaient pas eu le temps de tuer ) : ils ont raconté calmement, placidement, d’une voix posée, presque neutre.

 

Paroles sans précédent, si l’on se réfère aux autres grands génocides du siècle ( même si l’on pense, ici, au journal tenu par Rudolf Höss, le Commandant d’Auschwitz, ou, là, au film de Rithy Panh, S 21 ). Paroles littéralement sidérantes, au moins autant par la forme qu’elles prennent que par leur contenu, qui posent les questions essentielles sur l’homme, et ce qu’on a appelé, il y a moins d’un siècle « la banalité du mal », mais aussi sur  les mécanismes – idéologiques, collectifs et individuels - qui en autorisent l’épanouissement.

 

Il y a dix ans, j’ai mis en scène des Conversations avec Primo Levi, qui posaient déjà les mêmes questions, à propos d’Auschwitz. Ces Conversations ont été jouées pendant sept saisons, dans toute la France. Ce travail en est la suite.

 

Le livre de Jean Hatzfeld alterne les paroles des « coupeurs », le regard aigu, bouleversant, de quelques rescapés – leurs « avoisinants » -, en majorité des femmes, et les réflexions, les mises en perspective de l’auteur. Tout y est passionnant. Inévitable, le choix des textes s’est entièrement resserré autour des récits des cultivateurs, dans la volonté  d’une confrontation nue, directe avec chaque spectateur. Pour que chacun, en toute liberté, se construise  son jugement, ses interrogations. De Jean Hatzfeld, on a seulement conservé, en guise d’ouverture, les premières pages, et quelques interventions, comme autant de respirations nécessaires.

 

Difficile de parler de « spectacle ». Il s’agit plutôt d’une mise en voix collective, d’une « livraison » de récits : un chœur tragique du siècle – le tragique trouvant ici une dimension supplémentaire dans le décalage entre l’acte et la manière de le dire, un décalage tel qu’il frôle parfois, même s’il est difficile de le reconnaître, le burlesque. Tout le travail, ici, consiste à tenter de faire entendre ce décalage, dans la recherche de la transmission la plus juste, loin de toute réduction, ethnique ou psychologique. Quatre comédiens, une contrebasse, un mur et quelques lumières. Le mot, ici, est l’essentiel, et il s’agit, dans le temps et l’espace resserrés de la représentation, d’en dilater le sens, au maximum. Sans pathos ni métaphore. Primo Levi : «  L’horreur est. Il vaut mieux laisser les choses se raconter d’elles-mêmes»

 

Il ne s’agit pas de désespérer l’auditoire – à quoi bon ? - mais d’essayer de comprendre. Parce que ce qui interroge le plus, finalement, dans ces paroles, c’est leur insupportable proximité.

Dominique Lurcel

 

 

Véritable documentaire sur le projet : Histoire d'une mise en voix collective

 

Extraits de Presse 

Paris, mars 2006

Un moment poignant. Blessant au sens fort. 

(Gilles Costaz, l’Avant-scène.)

 

Acteurs d’une sobriété exemplaire. Spectacle irréprochable. 

(Jacques Nerson. Le Nl Obs)

 

Une mise en scène très épurée, sobre et forte à la fois. Le décalage entre l’horreur des mots et la placidité avec laquelle ils sont prononcés rend leur contenu encore plus percutant 

(Alexis Pluyette. RFI)

 

Les comédiens nous embarquent dans le tourbillon de ces aveux qui n’en sont pas. La rencontre se fait entre leurs mots et nos consciences. On atteint l’universel. 

(Aby M’Baye. Africultures)

 

Ni éclat de voix, ni pathos. Une mise en scène éloquente dans son universalité

(B.Fauchet. AFP)

 

D.Lurcel installe ses interprètes dans des conditions scéniques d’authenticité, de simplicité et de crudité testimoniale qui laissent pantois. Un travail indispensable 

(Catherine Robert. La Terrasse).

 

Une manière de distance se crée entre l’horreur et la banalité de son expression, qui porte notre réflexion au-delà du déterminisme rwandais, et nous inclut dans cette problématique du mal. 

(Manuel Piolat Soleymat. Théâtre on line).

 

En Province...

La violence des mots, précis, en décalage avec la naïveté affectée des coupables, révulse, prend au creux de l’estomac.En contrepoint, les notes de la contrebasse d’Yves Rousseau, par petites touches comme piquées de ces mots, réactions épidermiques…Oraison funèbre, voix mélancolique qui dit la souffrance et tranche avec l’apathie du discours des bourreaux. 

(Myriam Ait-Sidhoum. Dernières Nouvelles d’Alsace)

 

Avignon 2007...

Double mention lors du Masque et la Plume ( France-Inter, 22 juillet ) : le choix de Gilles Costaz, relayé par Jacques Nerson (« Oui, c’est un travail remarquable ».. ) ; le premier spectacle cité par M.C. Nivière (Le Pariscope) dans son bilan du Festival ( 22 août ) : « J’ai été bouleversée par Une saison de machettes mis en scène par Dominique Lurcel… » ; critique dès le 6 juillet dans Le Dauphiné libéré « Le sujet, dur, est remarquablement traité » puis dans le Midi libre « Terrible et saisissant », La Marseillaise « Inestimable témoignage »… Emissions et interviews RFI en Français et en Anglais, interviews Raje, la principale radio libre d’Avignon, radios suisses… 

 

 

 

Jean Hatzfeld 

Il est né en 1949. Il entre au quotidien  Libération  en 1977. Jusqu’à la fin des années 80, il écrit principalement sur le sport : courses de moto, tennis, football.

Puis il devient correspondant de guerre. Au Liban, en Israël et Palestine. En Haïti.

En 1991, il est parmi les tous premiers journalistes à arriver au cœur du conflit des Balkans, à Vukovar, en Croatie, assiégée par les Serbes. Gravement blessé en 1992, longtemps immobilisé, il retourne ensuite en Bosnie. 

De son expérience en ex-Yougoslavie, il tire deux livres :un récit, L’air de la guerre (éd. de l’Olivier. 1994), et, plus tard, un roman, La guerre au bord du fleuve (éd. de l’Olivier.1999).

A partir de 1997, il  partage sa vie entre Paris et Nyamata, un bourg à une trentaine de kilomètres au sud de Kigali, et il se consacre au récit du génocide rwandais, en donnant d’abord la parole aux rescapés – les grands oubliés des Médias - : c’est , en 2000, Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais (éd. du Seuil), puis en recueillant les paroles des tueurs : c’est Une saison de machettes (Seuil. 2003). Un troisième volet paraît en 2007 La stratégie des Antilopes (seuil) qui a reçu le Prix Médicis 2007, où Jean Hatzfeld y raconte les traces du temps, la vie après le génocide des protagonistes de ses premiers livres, l'impossible dialogue entre les rescapés et les tueurs, lorsque ceux-ci sont sortis de prison, leurs peurs et leurs fantômes.Une saison de machettes a reçu en 2003, le Prix Femina Essai et Prix le Joseph-Kessel.

 

 Phrases de Jean Hatzfeld

 

Je n’ai pas écrit sur le génocide rwandais pour « transmettre » une mémoire ou rendre service aux victimes par compassion. Je ne me perçois pas comme un « passeur ». J’ai fait ces livres parce que j’en ai ressenti, moi, le besoin. Ça peut paraître dérangeant, mais c’est la vérité.

 

Le Rwanda m’obsède : il faut que j’y aille. Je retourne toujours au même endroit, à Nyamata. L’histoire continue : des génocideurs emprisonnés sortent de prison, réintègrent leurs parcelles ; certains sont même voisins des rescapés. C’est fascinant et terrible, et moi, je suis dedans. Sans grands mots, j’aime ça ; actuellement, je ne peux pas m’en passer. Après le récit des victimes, je ne voyais pas l’utilité de faire celui des bourreaux. J’y allais et, peu à peu, le livre a émergé. Maintenant c’est pareil, j’y retourne sans projet précis. Le génocide rwandais, comme le génocide juif, est une histoire qui durera très longtemps.

 

Je ne crois pas que mes livres puissent empêcher demain un autre génocide. Pas plus qu’ils permettent de mieux le comprendre, puisque je ne comprends toujours pas, et vous non plus. On ne comprend pas l’extermination.

 

Une seule question se pose réellement : comment des gens ordinaires deviennent des tueurs quotidiens ? Il n’y a pas de réponse à ce basculement. Tout ce qu’on peut faire, c’est emmener le lecteur dans un voyage au cœur du génocide. En partant d’un lieu précis, les marais de Nyamata avec les collines et les villages alentour, on approche cette idée d’extermination préméditée. On entre dans la monstruosité. Au lecteur de savoir comment il en sort.

 

(Extraits de Le Monde 2, 21-22 mars 2004. Entretien avec Sylvain Cypel, et de Convergence, mensuel du Secours populaire français, avril 2004)

Jacky Sapart, depuis la première heure, faisait  partie de ce projet. Son histoire, sa sensibilité au monde, ses révoltes et ses espoirs, tout faisait qu’on devait se retrouver autour de ce questionnement sans fin. Son cœur en a décidé autrement. 

Mais Jacky fait naturellement partie de la distribution. 

 

Une fois la production de ce projet « bouclée », tous les bénéfices financiers qu’il pourrait  engranger seront totalement reversés à l’association Avega, d’Esther Muyawayo et de ses « sœurs » rwandaises

Clic en + : 

 

Longues critiques sur les sites Rue du théâtre, Les trois coups, etc.

 

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