FOLIES COLONIALES, Algérie, année trente

Mise en scène : Dominique Lurcel

Musique : Ronan Maillard 

Direction vocale : Céline Bothorel

Scénographie : Pierre Attrait 

Costumes et accessoires : Elisabeth Dallier 

(assistée de Gaëlle Faisant)

Lumière : Philippe Lacombe 

Régie Générale : Thierry Charlier 

Construction du décor : Christian Narcy, Ateliers du Spectacle

Fabrication des accessoires : François Jambu

Infographie : Vanessa Girault

Jeu : Amélie Amphoux, Céline Bothorel, Philippe Catoire, Samuel Churin,  Mathieu Desfemmes, Sylvie Laporte, Guillaume Ledun, Magali Montoya, Françoise Thyrion, Guillaume van't Hoff

 

Production : Passeurs de Mémoires - Co-production : Parc de La Villette   (résidence d'artistes 2008) - Espace 1789 (St-ouen) - L'Onde (Vélizy) - Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication - Drac Ile de France, du Conseil Général de Seine-et-Marne et de la Ville de Nangis.

Et avec le soutien de l'ADAMI, de la SPEDIDAM, et de La Ligue des Droits de l'Homme.

 

Création à Nangis le 28 novembre 2008, au Théâtre de La Bergerie.

Grande Halle de la Villette - mars 2009

Tournée en france. Algérie "2ème Festival International du Théâtre d'ALGER" en octobre 2010.

45 représentations 

 

 

Sous des airs de Jour de Fête, à travers l’empilement de discours officiels, d’extraits de manuels scolaires, de paroles historiques, de comptes-rendus de manifestations sportives, de poèmes de circonstance (tous authentiques)…, un état des lieux, comme un instantané du langage colonial, tel qu’il s’est exprimé lors des cérémonies de la célébration, à Paris et à Alger, du Centenaire de l’Algérie française, en 1930. 

Saynètes et chansons : une « Revue Blanche ».

Très blanche.

Entre rires et sidération.

 

Note d’intention

Comment voyait-on l’Autre, en 1930 ?

Je possède un document unique, lumineux, qui répond à la question.

Il s’agit de deux énormes volumes, 900 pages en tout, établissant le compte-rendu exhaustif de toutes les manifestations consacrées, cette année-là, à la célébration du « Centenaire de l’Algérie » : congrès, conférences, œuvres artistiques, soirées, poèmes, odes, expositions, concours, défilés, témoignages  – notamment, un étonnant journal de voyage de lycéens, tenu au jour le jour par un inspecteur d’Académie-… et, surtout, l’intégralité des discours prononcés, ici et là, en cette occasion.

Cette compilation est l’œuvre de mon grand-père maternel, haut fonctionnaire à la Ville de Paris, et dont l’une des fonctions était d’en être l’historiographe – et l’hagiographe - vigilant.

Triomphe, avec l’Exposition coloniale qui va suivre immédiatement en 1931, de la pensée coloniale, cette somme expose en pleine lumière la superbe de l’Homme Blanc, sa foi en son pouvoir démiurgique  (Avant nous, le chaos, avec nous, la lumière), son racisme tranquillement affiché, béat, naturel : négation absolue de l’Autre, qui passe par tous les cas de figures - folklorisation, dépréciation, et jusqu’à son absence pure et simple. C’est surtout un hymne – qui nous paraît aujourd’hui dérisoire et tragique, délirant ( y règnent l’hyperbole et les adjectifs…) - aux valeurs « civilisatrices » de notre Troisième République, contenues, pour faire vite, dans le « devoir qu’ont les races supérieures de coloniser les races inférieures » (Jules Ferry, eh oui…) .

Textes de façade, vérités officielles, discours de circonstance, langue de bois : tout y est fait pour encenser l’entreprise coloniale, en évacuant sciemment toutes les zones d’ombre (quarante ans de résistance à la « pacification », un tiers de la population massacrée y sont ainsi réduits à des « péripéties »). Mais textes qui révèlent autre chose que ce qu’ils souhaitent transmettre, se retournent contre leurs auteurs, et, à eux seuls, condamnent définitivement l’entreprise coloniale  qu’ils portent aux nues.

 

 Cette conception du monde précède de seulement 15 ans les émeutes de Sétif et de Constantine, de 24 ans le début de la Guerre d’Algérie. Elle prévaudra jusqu’en 1962, date à laquelle, en même temps que l’indépendance de l’Algérie, elle passera brusquement à la trappe : chape de silence dont les effets pervers sur l’évolution de notre société commencent tout juste d’ être reconnus. 

Je veux faire entendre –monter- ces documents. En faire le fil rouge d’une parade, nécessairement burlesque -Banquet Républicain et/ou « Revue Blanche »- qui puisera également dans d’autres documents de l’époque : déclarations d’hommes politiques célèbres, affirmations de « savants », dialogues tirés de romans ou de films, extraits de débats politiques, et beaucoup de chansons…

 

Ni condamnation, ni repentance : seulement faire entendre d’où nous venons. Et ce qui reste encore, profondément, enfoui en nous, et qui pèse. Et faire percevoir aussi, en creux, le cri, jamais entendu, de l’Autre.

Dominique Lurcel. 

 

Un montage entremêlant, extraits, entretien avec Dominique Lurcel, photos,

et les réactions de nos invités aux débats autour du spectacle...

 

 

RÉACTION

Olivier Lecour Grandmaison, spécialiste de l’Histoire de l’Algérie C’est un spectacle salutaire, à la fois drôle et grave. Il m’a tellement plu que je l’ai vu deux fois avec toujours autant de plaisir et d’intérêt. Un spectacle salutaire aussi en ces temps sombres de révisionnisme colonial triomphant. Bravo donc !

 

Retrouvez également, les avis de spectateurs-adhérents sur le blog du Parc de La Villette.

 

LA PRESSE

La Terrasse : Dominique Lurcel puise dans ses archives familiales et dans la mémoire nationale pour mettre à jour la honte des fiertés passées et la misère des gloires coloniales. Un spectacle terrifiant et drôle ! C’est la paradoxale bonne conscience de cette France certaine de sa bonté que Dominique Lurcel et les siens mettent très habilement en scène, le visage du barbare apparaissant comme par éclairs sous le masque de celui qui croit réduire la barbarie. Dans une France qui hoqueta le 23 février 2005 avec la loi sur le rôle positif de la colonisation et dont le chef de l’Etat osa, lors du discours de Dakar du 26 juillet 2007 des envolées lyriques sur « l’homme africain » qui recyclaient allègrement la bêtise ethnocentrique la plus crasse, ce spectacle a des vertus mémorielles et pédagogiques plus qu’indispensables… Catherine Robert

 

Télérama: La mise en scène ne prend pas parti, elle fait entendre : le racisme et la bonne conscience d’une France sûre de son bon droit, de ses vertus émancipatrices et de son Dieu. A force d’aveuglement, d’inconséquence, et avec la distance du temps, c’est vraiment drôle et instructif. Pour chaque texte, le metteur en scène trouve une manière de théâtraliser : un instituteur dans sa classe, des colons au hammam, une opérette d’anthologie… Sylviane Gresh​

 

Les Inrockuptibles : Edifiant pavé. Le burlesque pour lequel optent Dominique Lurcel et sa troupe ne se limite pas à faire ressortir le burlesque de la situation, il révèle cette banalité insidieuse du racisme qui prend parfois l’air imbécile ou infantile et le vernis glauque de l’hypocrisie paternaliste qui fit dire en son temps : « La France considère les Indigènes comme ses enfants. » Quant aux « vertus » du colonialisme, elles ont un air d’actualité qui fait mouche. F. Arvers

 

Le Soir d'Algérie :Le fait est que ce n’est pas une pièce de théâtre comme une autre. A l’heure où, contre une évidence, on découvre à la colonisation des vertus, poussant à une terrible symétrie du bourreau et de la victime, il n’était pas mauvais de rappeler la langue de bois coloniale, qui, déjà en son temps, faisait rire. Quid alors aujourd’hui ? Le résultat est une sorte de revue blanche où des tableaux se succèdent, marqués par la même tonalité : la solennelle autosatisfaction coloniale n’a pas résisté au temps. Les textes se retournent contre leurs auteurs. Aujourd’hui, il se dégage une infernale dérision de ces accents parfois racistes. Il y a quelque chose de pathétique dans ces discours triomphalistes qui devaient présupposer la pérennité de l’ordre colonial. Devant tant de fatuité, aujourd’hui on peut se demander si, au fond, ce ne sont pas les colonisateurs les victimes. Victimes, en tout cas, d’une cécité qui les a empêchés de voir l’autre et de comprendre surtout que tant d’injustice tranquille ne peut pas ne pas susciter ce feu qui allait consumer les empires. Areski Metref

 

Politis ( intégral ) par Gilles Costaz : Le « cabaret de la bêtise raciste » Au centre de la scène, un kiosque qui a la forme d’un temple joyeux et porte inscrit sur son fronton « Folies coloniales ». Sur la droite, une salle de classe en coupe, avec une carte de l’Algérie à la typographie démodée et aux couleurs un peu passées. Un instituteur en blouse grise, règle à la main, vient dire quelques mots sur les « peuples attardés » dont la France a pris en main la destinée et qu’elle rend meilleurs.

Voila, c’est parti pour un spectacle qui braque un furieux projecteur sur l’année 1930, année où notre pays fêtait solennellement le centenaire de l’Algérie, c’est-à-dire de l’Algérie colonisée, conquise par les troupes de Charles X puis transformée en départements français et allègrement pressurée en hommes et en richesses ! Chemises et corsages blancs, jupes et pantalons noirs, bonnets phrygiens. La pièce s’amuse à représenter les préparatifs de la cérémonie que Paris a organisée cette année-là. Le président de la République, Gaston Doumergue, est là. Et son ministre de l’Intérieur, André Tardieu. On ne va pas être économes en toasts et en discours ! Une cantate a même été composée pour l’évènement. Un certain Mariotte, directeur du Conservatoire d’Orléans, a écrit une partition où il pense avoir traduit toutes les saveurs de l’Algérie. Chacun va répéter cette grande succession de flots pompeux. C’est un défilé d’allocutions, de chansons, d’interventions précipitées.

La IIIe République se glorifie de la marche en avant de l’industrie, mais les notables sont toujours des héros de comices agricoles. On se bouscule, on fait des gaffes, on boit trop, on danse. Et l’on revient toujours, dans ses paroles, à la mission pacificatrice et progressiste de la France. Les chansons remettent à sa place ce pauvre Abd El Kader, qui n’a pas vu tous les bienfaits que les colons allaient apporter à son peuple, ou indiquent aux éventuels voyageurs combien il faut être poli avec les « Indigènes » en ne réagissant pas aux odeurs qui émanent de leur personne.

Ah ! Le mot « Indigènes » ! Chacun –coqs et poules gaulois- s’en repaît, s’en régale ! Chemin faisant, la pièce saute de 1930 aux décennies antérieures. Elle ralentit son rythme pour un entracte sensuel où les mâles français, drapés de serviettes, se prélassent en pensant aux doux services intimes obtenus des femmes arabes. L’un d’eux traite sa partenaire de « bête admirable ». et de qui sont ces compliments réfléchis et répétés? De Guy de Maupassant ! Quand l’heure du plaisir est passée, le moment de la « pensée » arrive, avec la parade des propos politiques : « Le progrès, c’est d’effacer les races inférieures pour plus d’égalité entre les hommes », dit à peu près un « philanthrope » de la Restauration. « Coloniser les races inférieures est un devoir pour les races supérieures. » affirme un civil qui s’appelle…Jules Ferry.

C’est le cabaret de la bêtise raciste et d’une idéologie qui a tristement fondé notre histoire. Le carrousel des pires erreurs criminelles qui ont eu la bonne conscience et la bonne foi comme paravents ou comme moteurs. Comme affolé par tant d’ignominie, le spectacle n’en reste pas aux seuls propos de la France coloniale. Il s’achève avec la supplique que le jeune Ferhat Abbas adressa (en vain) à la France, cette même année 1930, et par un texte de révolte du romancier Mouloud Feraoun, assassiné en 1962. On citera tous les acteurs de cette revue dérangeante qui se déploie dans le décor très coloré de Pierre Attrait (dans le kiosque défilent des reproductions d’affiches ou des chromos de boites d’allumettes), des lumières de Philippe Lacombe, et la complicité de la musique de Ronan Maillard. Ce sont, tous vifs et protéiformes, Françoise Thyrion (qui a participé à la conception du spectacle), Céline Bothorel, Amélie Amphoux, Samuel Churin, Mathieu Desfemmes, Guillaume Ledun, Magali Montoya, Sylvie Laporte, Guillaume van’t Hoff, Philippe Catoire.

 

Mais comment l’auteur et metteur en scène de ce spectacle –grâce auquel rouvre la salle Boris Vian de la Villette, longtemps délaissée-, Dominique Lurcel, a-t-il eu l’idée d’imaginer ce cabaret qu’il dit « entre banquet républicain et revue blanche.

« ? A cause d’une bibliothèque familiale où il a ouvert deux livres dont il n’avait jamais regardé que la reliure : les deux volumes du Centenaire de l’Algérie que son propre grand-père, historiographe à la Ville de Paris et au Conseil Municipal de la Seine, avait établis et rédigés pour constituer le témoignage éditorial officiel de tout ce qui avait été dit et réalisé : « Tout y était, depuis les discours jusqu’aux courses cyclistes et hippiques, dit Lurcel. Tout ce que Frantz Fanon a appelé ironiquement « l’odyssée magnifique de l’homme blanc ». en fait cette « pensée » n’est pas seulement celle de 1930. Elle a été la pensée officielle pendant cent trente ans, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Elle était dans tous les livres scolaires et, quand elle n’était pas visible dans les livres d’Histoire, elle l’était dans ceux de Géographie.

Les spectateurs quinquagénaires nous disent qu’ils se rendent compte qu’ils ont été imprégnés de ces idées-là ! Je n’en suis pas resté à cet ouvrage officiel. Je suis allé voir dans d’autres documents d’époque. Et, quand on cherche sur Internet, on constate que cette France-là, coloniale et raciste, subsiste dans certains mouvements politiques. La chanson qui ridiculise Abd El Kader, vous la trouverez sur les sites émanant du Front National. »

Mais comment faire un spectacle qui peut être insoutenable et se retourner contre ses auteurs ?

« Bien sûr, nous avons eu cette crainte, répond Lurcel. Mais Jacques Martial, président de la Grande Halle de la Villette, a aimé le projet. Et nous avons fait des répétitions publiques. Les réactions des spectateurs ont été sans ambiguïté. Pour concevoir le spectacle, je me suis souvenu de Ah ! Que la guerre est jolie !..., un cabaret-revue sur la guerre de 14 monté autrefois par Pierre Debauche. Il fallait trouver cet esprit-là, cette causticité, cet entrain, pour faire passer cet amas de sottises et d’horreurs. Je crois que le langage du théâtre permet une réflexion différente des autres arts. Le cinéma travaille sur l’émotion. L’incarnation sur un plateau apporte autre chose. Le public rit beaucoup, mais les spectateurs quittent la salle avec un visage grave. »

Quand on dit à Dominique Lurcel que d’autres spectacles ont déjà oeuvré dans la même direction, notamment Vive la France ! de Mohamed Rouabi et La Comédie indigène de Lotfi Achit, il répond : « Tant mieux ! J’espère bien qu’on est beaucoup à défricher tout cela. C’est tellement monstrueux… »

Gilles Costaz

MESSAGES DE SPECTATEURS

 

BRAVO à TOUS

Un spectacle FORMIDABLE à l'UNANIMITE. Les élèves et professeurs sont revenus enchantés. Une prise de conscience sur une époque mal connue. Merci encore pour ce spectacle de très grande qualité dans notre petite ville de Nangis. Succès garanti pour la suite. A très bientôt. 

Pascale et l'ensemble du lycée.

 

 

Cher Dominique,

Je n'ai pas eu une minute pour vous envoyer un mot depuis jeudi. Pour vous dire que vous avez réussi là un très beau spectacle. Comme les réactions du public, il montre qu'il faut exhumer encore et encore cette histoire, jusqu'à ce qu'elle s'épuise, ce qui est loin d'être encore le cas : des remerciements des jeunes Algériens aux larmes dans la gorge du vieux pied noir, que de choses non dites et non soldées encore. Ce qui m'a également frappée, et que le débat a éclairé, c'est l'actualité du propos. Les prurits coloniaux ou assimilés sont encore loin d'être guéris de ce côté-ci de la Méditerranée. Quand le seront-ils ? Ils se transforment, mais n'en demeurent pas moins puissants. Et ils alimentent rancoeurs et réclusions défensives de l'autre côté. Je crois en effet que les ondes de choc de la colonisation expliquent bien des dérives d'aujourd'hui. Nous en reparlerons, le 9 peut-être ?

Et puis, ce n'est pas le moindre, vos acteurs sont merveilleux, pas une fausse note pour des textes aussi pleins d'embûches. Il fallait le faire.

Amitiés,

Sophie Bessis

 

Bonjour,

Merci de nous avoir donner l'occasion d'assister à votre pièce, c'était un moment très intense, les jeunes en parlent avec beaucoup d'émotions. Vous avez raison de dire parler ouvertement du passé, loin de rouvrir des plaies et des rancoeurs, hier soir c'était vraiment le cas.

Notre souhait c'est de vous revoir avec votre troupe en Algérie et pour une tournée de notre pays et nous ferons le maximum pour le réaliser.

Merci d'avoir donner de votre temps pour écouter nos jeunes.  

Une immense joie de vous avoir rencontrer.

A bientôt

Amicalement

Fatiha  SOS Bab El Oued

 

Alors qu'hier à cette heure je m'apprêtais à découvrir enfin ces Folies coloniales, je ne voudrais pas que s'achève cette journée sans vous redire le bonheur éprouvé à ce "spectacle" à la fois si cocasse et plaisant, et amer. 

 Il y a là du vrai et grand théâtre, comique sans doute, mais d'une "écriture" indiscutable, qui ne tient pas à l'excellente qualité du français de l'époque (les bienfaits de l'école à la Jules Ferry !) au service des pires propos, mais d'abord à la "construction de la pièce" qui vous revient. La troupe m'a paru exemplaire de cohésion et de qualité : tous les comédiens étaient à la hauteur. Et j'ai été très intéressé par le retour en voiture qui m'a permis d'en entendre deux, qui m'ont ainsi beaucoup appris sur le "métier".

 Outre qu'il n'y a pas eu le moindre temps faible, je dois reconnaître qu'avec toute la salle, j'ai souvent ri : manifestement vos comédiens sont d'excellents comiques. Et puis, il fallait bien y venir : le rire devenait vite amer avec en prime la facture qu'il faudrait payer de ces 130 ans de mensonges, de bêtise patriotarde et franchouillarde, de cynisme. Et au retour du centenaire, je pensais à ceux qui deux ou trois ans plus tard allaient naître et qui auraient à payer la facture. Ce que j'ai une fois de plus constaté c'est qu'en histoire, il n'y a pas d'anachronisme : Charles X est  toujours à l'oeuvre dans l'état actuel de l'Algérie comme dans ce qui fut infligé à ma génération. Ces Folies ne pouvaient que nous ramener à ce présent de cent quatre vingts ans maintenant, un présent que nous a rappelé le dernier festival de Cannes avec deux films et en prime certaines manifestations et certains propos cannois, pas de quoi être heureux sinon fier...

 Mais avant tout, je tiens à vous remercier de cette oeuvre magnifique, à la fois sur le plan théâtral et esthétique comme sur le plan historique et humain. Et s'il fallait finir par admettre ce qui était en jeu derrière la cocasserie des propos et des situations, cela faisait partie aussi de la qualité de la construction : notamment quand le théâtre a fini de "tourner" (une forte expression de mise en scène) et que surgit un dénommé Ferhat Abbas donnant ce texte toujours saisissant (admirable "retournement" de la part du comédien), on sait que la comédie est finie, et de quelle façon, ce qui nous fut rappelé admirablement par la très sobre lecture de la magnifique comédienne du journal de Mouloud Feraoun... Et à cet instant, je me souvenais de son meurtre à quelques jours de la fin de cette terrible guerre.

    A l'occasion, redites à vos collaborateurs dans cette oeuvre ma plus profonde admiration et reconnaissance. Merci surtout à vous pour tout ce que vous avez fait là, et pour m'avoir invité.

    Je vous redis, cher Dominique, toute mon amitié

Pierre Gibert

 

 

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