L'EXCEPTION ET LA RÈGLE

Traduction : Geneviève Serreau et Benno Besson

Mise en scène : Dominique Lurcel

Musique originale : Ronan Maillard

Direction musicale : Céline Bothorel

Scénographie, costumes et accessoires : Elisabeth Dallier (assistée de Sigolène Petey)

Lumière : Thierry Charlier

Avec Céline Bothorel, Mathieu Desfemmes, Guillaume Ledun, Matthieu Rauchvarger, Guillaume van’t Hoff.

Une production Passeurs de Mémoires. Coproduction :

Espace 1789 /Saint-Ouen. Avec le soutien du Conseil Régional Ile-de-France et le soutien du Conseil Général de Seine-Saint-Denis, du Conseil Général de Seine-et-Marne et de l’ADAMI.

 

Création à L'Espace 1789 de St-Ouen (93) Le 19 novembre 2010

Espace Confluences (Paris) janvier 2011.

Quelques mots à propos de L'Exception et la Règle

L’Exception et la règle n’est pas la pièce la plus connue de Brecht. Elle est la première, en revanche, à avoir été jouée en France, en 1949, dans une mise en scène de Jean-Marie Serreau. Elle est rarement représentée. Je l’ai découverte, personnellement, en 1972, dans une mise en scène de Bernard Sobel, très épurée, hiératique, grave, entre théâtre chinois et tradition japonaise.

 

Une histoire simple. A peine un fait-divers : un marchand, pressé de conclure un marché, traverse à marches forcées un désert,  accompagné de son seul coolie, un être silencieux, très pauvre et d’une extrême soumission. Se croyant menacé par ce dernier, il le tue. Légitime défense, conclura le Tribunal.

L’Exception et la Règle (1930) appartient à la période des Lehrstüke, des Exercices didactiques (La Décision, Celui qui dit oui, Celui qui dit non..), et en épouse, pour l’essentiel, la structure : pièce courte, scènes brèves, construites en rupture les unes par rapport aux autres, en alternance avec  des scènes chorales chantées, personnages archétypiques (Ici, Le Capitalisme – le marchand- ; Le Lumpen-prolétariat –le coolie-, et Le Militant –le guide…), apologue final: l’abstraction et la caricature guettent.

 

 C’est compter sans la malice de Brecht, et son sens du plaisir théâtral.

Pas question, évidemment, de minimiser la présence, dans L’Exception et la Règle, de la question politique posée par Brecht – en pleine récession, trois ans avant l’avènement du IIIe Reich -, et de son actualité : la pièce doit se lire comme une fable exemplaire sur la schizophrénie d’un Capitalisme en crise permanente, entre discours triomphaliste et fragilité interne. Fable aussi –thème qui sera ultérieurement au cœur de La Bonne âme du Se-Chouan -  sur la difficulté qu’il y a à être bon dans un monde mauvais… 

Mais fable parfaitement incarnée, dans la présence quasi mutique, douloureuse, du coolie, et plus encore dans l’épaisseur donnée au personnage du marchand : un « petit surhomme », qui, à chaque instant de son comportement, cumule tous les paraître, toutes les certitudes d’un chevalier d’industrie conquérant, en même temps que toutes les manifestations de sa mauvaise conscience, de sa culpabilité  face à l’Autre qu’il est conscient d’exploiter, et qui, sans cesse, se dérobe ; un agité, dérisoire et dangereux, un inquiet permanent, dont le discours tente, en vain, de justifier l’agitation, et de conjurer l’ angoisse grandissante…

 

La pièce avance vite, allègrement, dans l’ironie et la cruauté.

Elle est surtout une formidable « machine à jouer », qui permet toutes les ruptures, toutes les fantaisies, tous les clins d’yeux. Qui puise dans les formes les plus populaires de la tradition théâtrale, théâtre chinois, Commedia dell Arte, Cirque, théâtre de tréteaux : un texte générateur de plaisir, plaisir du jeu et plaisir du spectateur – le rire doit dominer (certitude née de  l’approche déjà faite de la pièce, en 2008, avec l’atelier amateur adulte, dans le cadre de notre résidence à Nangis).

La pièce avance vite, allègrement, dans l’ironie et la cruauté.

Elle est surtout une formidable « machine à jouer », qui permet toutes les ruptures, toutes les fantaisies, tous les clins d’yeux. Qui puise dans les formes les plus populaires de la tradition théâtrale, théâtre chinois, Commedia dell Arte, Cirque, théâtre de tréteaux : un texte générateur de plaisir, plaisir du jeu et plaisir du spectateur – le rire doit dominer (certitude née de  l’approche déjà faite de la pièce, en 2008, avec l’atelier amateur adulte, dans le cadre de notre résidence à Nangis).

Si elle pose, à sa façon, les termes de l’incontournable dialectique du maître et de son esclave, L’Exception et la Règle peut se lire en effet, plus concrètement, comme une suite d’entrées de clowns. A sa façon, elle s’inscrit dans l’histoire du couple du clown blanc et de l’Auguste, et en offre une variante qui en déplace les termes traditionnels : ici, l’élément instable est dévolu au marchand, faisant de lui l’Auguste- un Auguste qui voudrait se faire passer pour le directeur du Cirque…- tandis que la stabilité serait plutôt du côté de l’opprimé, du coolie. Curieusement, aussi, certaines scènes (notamment tout le face-à-face entre le marchand et son coolie) peuvent se lire comme une confrontation quasi métaphysique, un huis-clos dans le désert. Et l’on pense, alors, aux personnages-clowns de Samuel Beckett – rapprochement qu’il eût été inimaginable de formuler il y a quelques décennies, à l’époque où il fallait choisir son camp : on ne pouvait alors être à la fois brechtien et beckettien…

 

Telle est, en tout cas, la ligne, volontairement comique,  de la mise en scène proposée, et vers laquelle vont converger les différents éléments du spectacle : il s’agira de jouer la pièce, et de jouer avec elle.

Le récit sera pris en charge collectivement par cinq comédiens/musiciens/serviteurs de plateau, présents en permanence. Echanges de rôles, échanges de signes. Du théâtre ambulant. Sans vouloir recréer littéralement les conditions d’une représentation d’un théâtre d’intervention, le jeu, majoritairement face public, s’y réfèrera. Mais à l’intérieur de ce cadre, on donnera toute son ampleur, tout son temps aux émotions qui parcourent les situations, et aux tempi différents des personnages, marchand et coolie, essentiellement.

 

La scénographie 

Un espace vide, ou presque. Neutre, en tout cas. Un banc. Puis, amenés par les comédiens/musiciens, deux « objets-territoires » : pour le marchand, un tapis roulant d’entrainement sportif, objet qui dit l’esprit de compétition, le « struggle for life » et qui, en même temps, fait du sur-place, porteur d’images triomphantes et dérisoires tout à la fois, symbole de sa soif inextinguible de conquête, mais lieu de son refuge aussi, parfois, objet central du spectacle, celui autour duquel tout gravite (avec possibilité de transformation au 8e tableau, celui du Tribunal). Espace que le Marchand ne cesse de quitter et de réinvestir en fonction des multiples ruptures de jeu, adresses au public, justifications en tous genres, mais aussi en fonction de ses émotions et de ses angoisses… Et, pour le coolie, une poubelle, très basique, qui connaitra quelques avatars scéniques…

Le tout dans une volonté très forte de simplicité, privilégiant à chaque instant suggestion et jeu dépouillé et renforçant la dimension comique, farcesque de la pièce. 

 

Le tout dans une volonté très forte de simplicité, privilégiant à chaque instant suggestion et jeu dépouillé et renforçant la dimension comique, farcesque de la pièce. 

 

La musique enfin : on n’aura pas recours à la musique originale de Paul Dessau, trop sérieuse, et qui figeait la pièce dans les années 30. Ronan Maillard, qui a déjà créé pour nous les très fines musiques de Folies Coloniales, construit en ce moment une partition très variée, où les thèmes circassiens (côté Nino Rota) cohabitent avec des musiques plus martiales, thèmes à tendances « totalitaires » (côté Komintern un peu décalé…). 

 

PRESSE CLIC EN +

A lire la critique du site Froggy's Delight mise en ligne le 10 janvier 2011

 

 

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