COMME SI J'ÉTAIS À CÔTÉ DE VOUS...

Adaptation et mise en scène : Dominique Lurcel

Jeu : Mathieu Desfemmes

Piano : Florence Pavie

Lumière : Philippe Lacombe

Scénographie : Elodie Monet

Costumes : Angélina Herrero

Une production Passeurs de mémoires - avec le soutien du conseil Général de Seine-et-Marne

 

Création le 14 NOVEMBRE 2013 à CoULOMMIERS (77)

Musée Cognac-jay Paris mars 2014 - FEstival Avignon juillet 2014

 

 

« Comme j’ai de choses à vous dire, les unes gaies, les autres tristes. Mes lettres sont une histoire assez fidèle de la vie… »

 

(…) Douillet salon XVIIIe, fauteuil confortable, piano, vastes miroirs…Qu’on ne s’y trompe pas, c’est néanmoins percutant. Le philosophe encyclopédiste (Mathieu Desfemmes, convaincant) y fait preuve d’une verve d’autant plus libre qu’il s’adresse à sa chère amie/amante. Sa présence, à elle, est symbolisée par un buste, et par les notes de la pianiste, Florence Pavie, qui s’amuse et nous séduit. Diderot, angoissé, touchant, attend ses lettres au Grandval, chez le baron d’Holbach. Pour autant son esprit étincelant, jamais en repos, se déploie pour notre enchantement. S’adressant à divers protagonistes que l’acteur joue avec brio, il égratigne et se moque…Un régal." Anne Camboulives (Le Dauphiné libéré) JUILLET 2014

 

"Quelle allègre soirée ! On bourlingue entre méditation et cocasserie, truculents croquis de la vie de château à la campagne et anticipations visionnaires de la modernité. Dans un enchantement qui ne faiblit jamais, grâce à un très intelligent découpage dans les lettres du philosophe à sa Sophie, et à un merveilleux comédien, dont la voix et le geste épousent les sauts et gambades, changements de rythme et ruptures de ton du causeur impénitent.  Tout cela lissé, et comme mystérieusement apaisé, par la tendresse d’un amour irrigué par l’amitié. La vie s’allège, on sort content, en pleine communion avec Diderot, qui n’était pas loin de voir dans l’humeur chagrine un péché contre l’esprit."  MONA OZOUF - mars 2014

 

LE PROJET : Denis et Sophie

Diderot était marié ; Sophie Volland, de son côté, vivait sous la surveillance sévère et méfiante de sa mère. L’histoire de leur amour – près de trente ans, et jusqu’à leur mort - fut d’abord celle d’une séparation sans cesse renouvelée. D’une douleur. D’un manque. D’un inachèvement. Mais également d’un désir, ainsi entretenu et, lui aussi, sans cesse ravivé. Principalement par le pouvoir de l’écriture. 

Ecrire, se raconter, c’était, pour Diderot, abolir la distance, combler le vide, au moins tout le temps que durait l’écriture, rendre présente l’absente, et se rendre présent à elle. Cent quatre-vingt-neuf lettres de Diderot, étalées, irrégulièrement, sur quinze ans, certaines assez brèves, d’autres, immenses : plus de 700 pages en tout… - on ne possède aucune des lettres de Sophie : perdues ou détruites, elles ont toutes disparu. On ne sait quasiment rien d’elle, au point que certains sont allés jusqu’à douter de son existence même. On ne la sent vivre qu’à travers le regard et les émotions de Denis. On est contraint de la construire, de la rêver. 

Lettres d’amour, lettres pleines de sève bouillonnante, journaux de vie, tableaux d’une époque : Diderot s’y trouve tout entier. L’homme de l’échange, de la conversation, du doute, du questionnement incessant, du jeu, des plaisirs, du besoin vital de l’autre, de la sensibilité extrême. Et le philosophe : une pensée en action, bondissante, sautillante, toujours inattendue, toujours en mouvement : un être étonnamment proche, jusque dans sa présence physique, un ami. Et l’homme en représentation, le personnage : Diderot ne cesse de se mettre en scène, de jouer sa vie…Et l’on assiste, ici, à une pantomime qui an-nonce Rameau (le Neveu), et l’on entend, là, les débats métaphysiques –et ironiques- entre Jacques et son maitre… 

Et, autour de lui, le monde, en ébullition permanente, ses amis, et le meilleur de ce siècle, capable de poser les questions les plus profondes avec l’esprit le plus brillant, et souvent le plus leste… 

 

L'adaptation : Les Choix 

Dès mes années de formation, j’ai éprouvé la nécessité – doublée de plaisir - de fréquenter régulièrement le XVIIIe siècle : dès 1965, début d’une thèse de 3e cycle sur l’acteur anglais Garrick, qui servit de modèle à Diderot (déjà !) pour son Paradoxe sur le comédien - thèse abandonnée en 1968 : il y avait plus urgent à faire alors… ; édition du Théâtre de Foire au XVIIIe en 1983 (10-18 – Christian Bourgois), ma collaboration avec Barrault en 1986 ; ma mise en scène du Supplément au Voyage de Bougainville, de Diderot, en 1992 ; mes deux mises en scène – et mon édition (Folio-Théâtre) - de Nathan le sage de Lessing, en 1996 et 2004, la réédition à venir de mon Théâtre de Foire chez Gallimard… : j’ai toujours aimé dans ce siècle sa vitalité, sa dynamique, et l’équilibre miraculeux qu’il a su trouver entre légèreté et gravité. A chaque visite, surtout, j’y ai rencontré des questionnements qui font sans cesse écho aux nôtres, et qui nous sont profondément nécessaires. Diderot, surtout – que j’ai découvert à dix-huit ans avec les Lettres à Sophie Volland - m’a toujours été très proche. Dans ses doutes, sa quête du bonheur, sa façon particulièrement sensible d’incarner ses idées ; dans sa dimension « débraillée », bohème, et sa soif de liberté ; dans sa façon, enfin, d’exprimer ses angoisses existentielles et amoureuses … 

Face aux 700 pages qui constituent les lettres à Sophie, les pistes étaient infinies. On a refusé celle de la chronologie, trop anecdotique : l’adaptation installe Diderot dans un temps indéterminé, une durée. Autour de l’attente anxieuse d’une lettre qui tarde trop à arriver, puis du soulagement, puis d’une nouvelle angoisse. Mouvements répétitifs des émotions, telles qu’elles ont perduré tout le temps de la relation, comme une basse continue. 

A l’intérieur de ce cadre émotionnel, toute la place est donnée aux méandres et aux ruptures de ce « dialogue à une voix »(1), aux rebonds permanents de cette conversation à distance, qui font la vie intense des lettres de Diderot. 

Il s’agit donc d’un montage, puisant dans tel ou tel moment de la correspondance, mais essentiellement articulé autour de deux des plus grandes lettres de 1759, écrites de Sucy-en- Brie, au lieu-dit le Grandval, la demeure du Baron d’Holbach, chez qui Diderot aimait à se réfugier régulièrement : il y trouvait tout à la fois liberté sans limites, amitié, rires, ainsi que le calme idéal pour travailler à son Encyclopédie. 

 

Le spectacle

On a voulu donner l’impression d’une immense lettre, une lettre à rebonds, à tiroirs, une conversation sans fin, garante d’un amour lui aussi sans fin. Comme si l’amour et la vie même étaient liés à l’adresse à Sophie. Comme si cesser de parler, c’était, au-delà de la séparation, risquer de mourir. 

On a souhaité, enfin, dans l’ordonnance et l’alternance des éléments, souligner la totale adéquation, chez Diderot, entre les variations de ses émotions et les rythmes de son écriture. Une adéquation d’une sensibilité toute musicale : ici, c’est une rêverie amoureuse qui s’épanouit dans un vaste largo ; là, une description de la vie au Grandval qui prend le tempo, nerveux et léger, d’un allegro vivace ; ailleurs encore, c’est l’allegretto d’un moment de réflexion ou de questionnement… 

L’essentiel, encore une fois, étant de rendre compte, au plus près, de la plénitude et de la modernité de cet homme, corps et pensée, en perpétuel mouvement, en quête perpétuelle de vérité, et de bonheur : « On dit que j’ai l’air d’un homme qui va toujours cherchant quelque chose qui lui manque. Au reste, c’est l’air que je dois avoir... » Perpetuum mobile… 

Aucune recherche, ici, de reconstitution historique : Diderot est de notre temps. 

Il en est également ainsi de la présence de la musique : au piano, en toute autonomie, puisant autant dans la valse ou le tango que dans Bach, Scarlatti ou Rossini, Florence Pavie, jamais illustrative ni redondante, porte sur l’homme un regard musical de notre siècle, commente, soutient, critique, s’amuse… 

Soixante-quinze minutes avec « le Philosophe », qui se veulent aussi, sans jamais s’appesantir, une carte de visite de son siècle, polymorphe, ludique et profond tout à la fois. 

Un spectacle pour théâtres, médiathèques, appartements, musées et châteaux... Il suffira d’un piano bien accordé… 

Dominique Lurcel

(1) Expression empruntée à l’étude, remarquable, de Jacques Chouillet : 

Denis Diderot- Sophie Volland : Un dialogue à une voix, Champion, Paris, 1986.

 

 

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